La nouvelle moisson d'oeuvres de Kernis ne décevra pas ceux qui, à travers deux
symphonies et un extraordinaire Concerto pour cor anglais, avaient vu en lui un
des compositeurs majeurs de notre époque. Pour ceux qui auraient manqué les trois
premiers actes, voici un petit rappel des faits : jeune héritier de John Adams et du post
minimalisme américain, Kernis s'est fait connaître en 1986 par une Symphony in Waves
qui juxtaposait déjà des élans harmoniques pulsés et consonants avec des plages aux
sombres chromatismes. Peu à peu, ses oeuvres privilégièrent son tempérament
expressionniste (2e Symphonie) et s'inspirèrent volontiers des drames de l'histoire
contemporaine. Mais la plume à l'éclectisme si typiquement américain de Kernis fait
d'abord songer à Bernstein dans son alternance de pathétisme postmahlérien et d'éclats
jazzy. Du grand Lenny, Kernis hérite aussi l'absolue sincérité et la vitalité
inépuisables, deux qualités évidentes des trois nouveaux opus que renferme ce disque.
Air, écrit en 1995 pour
violon et piano puis orchestré un an plus tard, déploie un souffle lyrique ample et
solaire reposant sur des harmonies diatoniques où passe l'ombre romantique de Barber.
L'autre versant du lyrisme de Kernis, hanté par le drame des guerres et des génocides de
ce siècle, s'illustre de manière très convaincante dans le Lament and Prayer
aux longues phrases chromatiques et décharnées qui semblent faire écho aux symphonies
de Chostakovitch.
Depuis le déhanchement jazzy
du début jusqu'à la course effrénée du Finale en passant par le superbe
nocturne central où frémissent les lointains échos de cloches, de vibraphones, de
célesta et de harpe qui réchauffent la nuit d'une sensualité debussyste, tout dans ce Concerto
est maîtrisé et inspiré. Inspiration qui ne fait pas défaut aux interprètes qui,
comme souvent chez Argo, offrent des versions de très haut niveau.
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| Air pour violon, Double Concerto
pour violon et guitare, Lament and Prayer. Joshua Bell, Pamela Frank, Minnesota
Orchestra, David Zinman. Cho-Liang Lin, Sharon Isbin, The Saint Paul Chamber Orchestra,
Hugh Wolff. Argo 460 226-2 |